Face aux défis sécuritaires, à la montée de la désinformation et au rétrécissement de l’espace civique au Mali, une trentaine de professionnels des médias ont renforcé leurs capacités à Bamako sur l’analyse et la couverture des enjeux civiques. Organisée par l’AFAD, avec l’appui de Search for Common Ground et de l’Union européenne, cette session a mis l’accent sur le rôle stratégique des médias dans la consolidation de la paix, la cohésion sociale et la promotion des droits fondamentaux.
L’hôtel ONOMO de Bamako a servi de cadre, du 08 au 09 mai 2026, à une importante session de renforcement des capacités des professionnels des médias sur l’analyse et la couverture de l’espace civique au Mali. Cette initiative, qui a réuni trente-cinq participants issus de la presse écrite, audiovisuelle, presse en ligne et des responsables de rédaction, s’inscrit dans le cadre du projet « Maara ni Kunafoni : Éducation aux médias et engagement citoyen », porté par l’AFAD (Association de Formation et d’Appui au Développement), en partenariat avec Search for Common Ground et financé par l’Union européenne.
Dans un contexte national marqué par une crise multidimensionnelle persistante depuis 2012, cette formation intervient à un moment où les défis sécuritaires, les tensions intercommunautaires, les restrictions liées à la liberté d’expression ainsi que la prolifération des fausses informations fragilisent davantage l’espace civique au Mali.
Selon les organisateurs, l’espace civique constitue un pilier fondamental des sociétés démocratiques. Il repose notamment sur les libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique, reconnues par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ces libertés permettent aux citoyens de participer au débat public, de défendre leurs droits et de contribuer aux décisions qui affectent leur quotidien.
Cependant, au Mali, la complexité du contexte sociopolitique et sécuritaire rend de plus en plus difficile la collecte et la diffusion d’informations fiables, tout en exposant les journalistes à de nombreux risques, notamment les intimidations, les violences physiques ou encore les pressions diverses.
La cérémonie d’ouverture a enregistré la présence de plusieurs personnalités, notamment des représentants de la Maison de la Presse, de l’Union Européenne et AFAD ainsi que des partenaires techniques et financiers.
Prenant la parole au nom du président de la Maison de la Presse, Daouda Konaté a rappelé que l’espace civique demeure « un pilier fondamental de toute démocratie fonctionnelle ». Selon lui, cet espace repose essentiellement sur les libertés fondamentales telles que la liberté d’expression, la liberté d’association et la liberté de réunion pacifique.
Il a également souligné qu’au Mali, depuis 2020, l’espace civique connaît un rétrécissement marqué par des menaces, des intimidations et certaines restrictions liées au contexte sociopolitique et sécuritaire. Il a notamment évoqué certaines dispositions législatives relatives à la cybercriminalité et à la protection des données à caractère personnel.
« Les médias ne se contentent pas de rapporter l’information. Ils créent aussi le cadre nécessaire pour que la société civile puisse exister, s’exprimer et agir », a-t-il déclaré, invitant les journalistes à mieux comprendre les enjeux de leur mission dans la consolidation de la paix et du vivre-ensemble.
Pour le représentant de l’AFAD, Sékou Hamed Diallo, cette session visait avant tout à renforcer les capacités des professionnels des médias à comprendre, surveiller et relayer efficacement les dynamiques de l’espace civique afin de contribuer à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix.
Il a précisé que les objectifs spécifiques de la formation consistaient notamment à améliorer la compréhension des dynamiques et des acteurs de l’espace civique dans un contexte de transition politique, sensibiliser les médias à leur rôle dans la cohésion sociale, renforcer leurs capacités à détecter et contrer la désinformation, les discours haineux et les manipulations informationnelles, mais aussi encourager la production de contenus éthiques et didactiques sur la paix et la citoyenneté.
« La communication devient aujourd’hui un outil essentiel de sortie de crise », a-t-il soutenu, rappelant que le Mali traverse une période particulièrement difficile marquée par l’insécurité et les attaques terroristes.
Le représentant de Search for Common Ground, Boubacar Coulibaly, pour sa a part insisté sur le rôle stratégique des médias dans la prévention des conflits et la réduction des tensions sociales.
« Dans un environnement marqué par la polarisation et la circulation rapide des contenus numériques, les médias deviennent des acteurs clés de prévention des conflits et de promotion de la cohésion sociale », a-t-il affirmé.
Il a également souligné l’importance d’un journalisme fondé sur l’éthique, la vérification des faits, l’analyse critique et l’indépendance éditoriale afin d’éviter les manipulations et les discours de haine susceptibles d’alimenter les tensions.
De son côté, la représentante de l’Union européenne, Assan Diallo, a salué une initiative qui contribue à renforcer l’accès des populations à une information crédible et équilibrée.
« L’accès à une information fiable, équilibrée et responsable constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour nos sociétés », a-t-elle déclaré, avant de réaffirmer l’engagement de l’Union européenne à soutenir les médias, la participation citoyenne ainsi que les valeurs de dialogue et de paix au Mali.
Durant les deux jours de travaux, les participants ont suivi plusieurs modules portant sur la compréhension de l’espace civique, les libertés fondamentales, les cadres légaux encadrant les médias et les organisations de la société civile, le fact-checking, la prévention de la désinformation, la sécurité des journalistes ainsi que le traitement sensible aux conflits.
Les échanges ont également porté sur les systèmes politiques et électoraux, les dynamiques des organisations de la société civile, ainsi que la participation des femmes, des jeunes, des personnes vivant avec un handicap et des groupes marginalisés dans l’espace public.
Les formateurs ont particulièrement insisté sur les approches participatives basées sur des cas pratiques, des scénarios réels et le partage d’expériences afin de permettre aux participants de mieux analyser les dynamiques de pouvoir et les restrictions de l’espace civique dans le contexte malien.
La session s’est achevée par une remise d’attestations aux participants.
Lors de la clôture, Sékou Hamed Diallo a salué la qualité des échanges, l’engagement des participants ainsi que l’implication des partenaires ayant contribué à la réussite de cette initiative.
Le représentant de Search for Common Ground, Sultan Seydou, a rendu hommage au professionnalisme des journalistes maliens malgré un contexte particulièrement difficile. Il les a exhortés à mettre en pratique les connaissances acquises afin de contribuer davantage à la prévention des conflits, à la lutte contre la désinformation et au renforcement de la cohésion sociale.
À travers cette initiative, les organisateurs ambitionnent de consolider un espace civique pluraliste, respectueux des droits humains et de la liberté d’expression, tout en renforçant le rôle des médias comme acteurs majeurs de paix, de dialogue et de stabilité dans un Mali confronté à de nombreux défis sécuritaires et informationnels.
Fatoumata Doumbia