FOPAME 2026 : Du terrain aux postes de décision : le combat des femmes des médias

Bamako, 6 juin 2026 la question du leadership féminin dans les médias africains a occupé une place centrale lors de la quatrième journée du Forum panafricain des médias (FOPAME). Réunies autour du thème « Médias et leadership féminin », plusieurs figures du paysage médiatique africain ont plaidé pour une présence accrue des femmes dans les sphères de décision et de gouvernance éditoriale.

Animé par Mme Fadima Maïga Directrice générale de Mandé TV, le panel a enregistré les interventions de  Kada Tandina journaliste de Mali24 et romancière malienne, Ndeye Tapha Touré, présidente de la West Africa Journalists Association (WAJA), de la journaliste camerounaise Yolande Bodiong et de Mariam MH Maïga, rédactrice en chef adjointe de Studio Tamani. Les échanges ont mis en lumière les parcours de résilience des femmes journalistes, tout en soulignant les défis persistants qui entravent leur ascension vers les postes de responsabilité.

Les femmes, actrices historiques du récit africain

Intervenant sur le thème « Récits de résilience aux leviers d’impact national », Kada Tandina a rappelé que les femmes ont toujours joué un rôle déterminant dans la transmission des savoirs et des récits en Afrique. Des communicatrices traditionnelles aux journalistes et créatrices de contenus d’aujourd’hui, elles demeurent des actrices majeures de la communication.

« Les récits ne changent pas seulement la manière dont les nations se perçoivent. Ils influencent aussi ce qu’elles deviennent », a-t-elle affirmé. Selon elle, les femmes des médias participent activement à la valorisation des communautés marginalisées, à la documentation des réalités du terrain et à la promotion de récits favorisant la paix, l’éducation, l’innovation et le leadership féminin.

De la journaliste à la stratège de l’information

Pour sa part, Ndeye Tapha Touré a retracé l’évolution de la place des femmes dans les médias ouest-africains au cours des trente dernières années. Saluant le combat des pionnières qui ont ouvert la voie à une nouvelle génération de dirigeantes, elle a estimé que les défis actuels vont bien au-delà de l’accès aux postes de responsabilité.

Selon elle, les femmes doivent désormais renforcer leurs compétences dans des domaines stratégiques tels que le journalisme de données, l’investigation sur les ressources naturelles, la couverture des questions climatiques et l’intelligence artificielle.

« Nous devons passer de la femme journaliste à la femme stratège de l’information », a-t-elle déclaré, appelant au développement de programmes de formation avancée, au renforcement des mécanismes de protection des femmes journalistes et à une meilleure intégration des compétences numériques dans les cursus de formation.

Le leadership n’a pas de genre

Abordant la question de la représentation féminine dans les médias, Yolande Bodiong a défendu une vision inclusive du leadership.

« Il n’y a pas de leadership féminin ou masculin. Il y a simplement le leadership », a-t-elle soutenu.

La journaliste camerounaise a dénoncé la faible visibilité des femmes dans les débats médiatiques et leur sous-représentation dans les instances décisionnelles. Elle a également exhorté les professionnelles des médias à croire davantage en leurs capacités et à s’affirmer dans les espaces de responsabilité. Pour elle, la compétence, le mentorat et le développement personnel demeurent des leviers essentiels pour renforcer leur présence au sein des rédactions.

Le défi de la rétention des femmes dans les médias

Dressant un état des lieux de la situation au Mali, Mariam MH Maïga a mis en évidence le contraste entre la forte présence des femmes dans les écoles de journalisme et leur faible représentation dans les postes de direction des organes de presse.

Elle a souligné plusieurs obstacles à leur progression professionnelle, notamment les contraintes sociales et familiales, ainsi que les difficultés à maintenir durablement les femmes dans les métiers de l’information, particulièrement au sein des médias communautaires situés à l’intérieur du pays.

Passer de la présence à l’influence

Au terme des échanges, les intervenantes ont convergé vers un même constat : l’enjeu majeur n’est plus seulement d’assurer la présence des femmes dans les médias africains, mais de leur permettre d’accéder pleinement aux espaces de décision, d’influence et de gouvernance éditoriale.

Un objectif qui apparaît désormais comme une condition essentielle pour bâtir des médias plus représentatifs, inclusifs et capables de relever les défis de l’information à l’ère du numérique.

Fatoumata Doumbia

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *